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Le programme Grand Sud : contexte général

Carte générale

Les Terres Australes et Antarctiques Françaises comprennent quatre bases permanentes et s'étendent de l'Antarctique (Terre Adélie-Dumont d’Urville)  aux eaux subtropicales de l'océan Indien (îles Saint Paul & Amsterdam) en passant par deux groupes d'îles subantarctiques (Crozet, Kerguelen) où se concentre de plus en plus l'activité des biologistes. Les TAAF constituent les seuls Territoires d'Outre-Mer inhabités et dont l'activité dominante est représentée par la recherche scientifique. Leur gestion est confiée à une Administration dépendant du Ministère des DOM-TOM (TAAF), la recherche étant assurée par un organisme spécifique, l'Institut Polaire Français Paul-Emile Victor (IPEV).

 Depuis un demi-siècle, des observations sur l'environnement ont été effectuées sans interruption dans les TAAF dans plusieurs disciplines. Ce réseau français est unique dans le monde par son éloignement des continents habités et par la répartition de ces observatoires permanents le long d’un transect latitudinal à travers les océans Austral et Indien. Ces masses océaniques considérables et en perpétuel mouvement jouent en effet un rôle qui apparaît croissant pour comprendre l'environnement de notre planète et son devenir, en particulier dans les changements climatiques en cours. L'isolement des îles subantarctiques des masses continentales et donc des activités industrielles leur a conféré une valeur étalon, de point zéro en matière d’anthropisation, et il n'est donc pas étonnant que pour juger des pollutions atmosphériques dans les zones habitées, le CNRS et le CEA y aient installé des stations d'analyse de l'air. 
Pour autant les écosystèmes n’y sont pas intacts et l’action de l’homme, bien que récente, y est sensible. Dans ces contrées inhospitalières et lointaines, les organismes vivants ont coévolué d'une manière originale, sans contact avec les flores et les faunes continentales (les îles subantarctiques françaises sont d’origine océanique). Or  l'isolement est rompu depuis quelques décennies, provoquant des bouleversements écologiques beaucoup plus drastiques que ceux auxquels nous assistons en métropole. Ainsi, les écosystèmes insulaires ne connaissaient pas les mammifères herbivores et prédateurs : l'introduction de lapins par exemple a profondément modifié la structure des communautés végétales ; celle de rats ou de chats a éliminé en quelques dizaines d'années la moitié de l'avifaune de certaines îles -  c’est à dire des millions d’oiseaux - alors que les voisines sont encore intactes et représentent encore les plus fortes biomasses au monde (60 tonnes d’oiseaux / km2 dans l’archipel Crozet). Ce sont là les impacts les plus visibles dans les milieux terrestres, mais le domaine halieutique est aussi en plein bouleversement : dans les eaux territoriales françaises, les poissons des eaux froides à croissance ralentie subissent l’impact de navires de pêche illégaux qui perturbent la gestion durable des ressources halieutiques mise en place avec un suivi scientifique des stocks et l’attribution de quotas de pêche à des armements autorisés. Nous nous trouvons donc à une époque charnière pour la biodiversité et le fonctionnement de ces écosystèmes fragiles. Les observations à moyen et long terme, ayant débuté avant l’amplification actuelle des perturbations anthropiques, n’en ont que plus de valeur.
Sur cette “dernière frontière”, en quelques dizaines d’années, nous assistons au bouleversement écologique qui s’est déroulé dans notre hémisphère en plusieurs millénaires, avec cependant une spécificité due à la présence d’un continent polaire, d’un vaste océan circulaire et d’une prédominance des masses océaniques sur les masses continentales. Dans ces contrées éloignées, sans population humaine établie, la recherche représente l’activité dominante mais, malgré leur isolement extrême et leur découverte tardive, ces territoires connaissent des problèmes classiques d’irréversibilité des perturbations anthropiques (introductions d’espèces, volontaires ou involontaires) et de développement durable (gestion rationnelle des pêches et du tourisme naissant). A cela s’ajoute l’impact des changements actuels du climat, particulièrement sensibles sous ces hautes latitudes, et les îles subantarctiques peuvent être considérées comme des « sentinelles » face à des modifications de l’environnement – climat, espèces envahissantes – de portée beaucoup plus générale.